Familles
Culture de l'audace, de la couleur et de la togetherness dans une maison bruxelloise aux airs de campagne
Chez
Clio Goldbrenner, David, Sienna, 11 ans, et Jodie, 8 ans
Dans sa maison de Bruxelles, Clio Goldbrenner compose un univers vivant, chaleureux, où se croisent pièces chinées, art contemporain et souvenirs de voyage. Cofondatrice, avec Émilie Duchêne, de Rollercoaster - agence créative et relationnelle notamment dédiée aux femmes entrepreneures - elle raconte une manière d’habiter le monde faite de liens, de transmission et d’intuition. Entre entrepreneuriat, famille, voyage et culture du beau, la bruxelloise dessine un quotidien où la créativité - Clio Goldbrenner a aussi lancé, puis transmis, une marque de sacs éponyme - circule entre les espaces de vie et les projets.
Lieu
Bruxelles
texte
Anne-Laure Griveau
Photographies et Vidéos
Margaux Buisson, Gautier Billotte
Tableaux Glenn Sanders - galerie Demain Art,
The Socialite Family,
The Socialite Family.
Dans les étagères, vase à fleurs Bernadette Antwerp
Au mur, sculpture Curtis Jere
Luminaire vert Axel Chay
Céramiques de Sifnos, réalisées par la famille Lembesis
TSF
Quelle est votre histoire avec cette maison ?
Clio
Nous habitions auparavant en plein Ixelles, quartier que j’adore et qui bouge beaucoup. Après le Covid, nous avons déménagé dans ce coin plus résidentiel pour avoir un jardin et plus d’espace. La maison est assez lumineuse, presque comme une maison de campagne dans son esprit, mais très vivante. Son identité se joue dans la couleur, très prononcée, j’adore ça, cela apporte de la joie, et dans le mobilier. On mélange beaucoup les styles : du design contemporain, des pièces chinées, des objets rapportés de voyage. Rien n’est figé, tout évolue. J’aime construire les espaces petit à petit, au fil des rencontres et des trouvailles.
TSF
Quelles trouvailles design, par exemple ?
Clio
Nous avons récemment acquis une pièce de Gustaf Westman, une sorte de sculpture métallique en forme de ressort. C’est une pièce très forte visuellement, mais assez ludique. J’aime ces objets qui structurent un espace sans être ostentatoires. On a également un miroir vert de cet artiste dans l’entrée. Ce sont des pièces qui donnent immédiatement une personnalité à la maison, sans être show off. Et puis il y a des objets chinés, notamment dans le salon, comme des tables basses ou des assises trouvées rue Haute ou rue Blaes, à Bruxelles. J’aime ces quartiers où nous allons nous promener régulièrement en famille.
TSF
« Maison de campagne » dans Bruxelles, votre quotidien est donc plutôt casanier ?
Clio
Absolument pas ! Je travaille rarement de chez moi. Je bouge beaucoup, je m’installe dans des cafés, souvent différents. J’aime beaucoup le Mix, qui est un hôtel qui abrite aussi un coworking, mais aussi une salle de sport et des évènements - notre prochain festival Rollercoaster y aura d’ailleurs lieu le 8 octobre prochain. Au rez-de-chaussée il y a l’un des meilleurs food-courts de Bruxelles, le Fox, où l’on peut déguster de la cuisine coréenne, mexicaine, japonaise ou italienne… Mon mari et moi sortons beaucoup, nous adorons retrouver nos amis pour diner. La maison est un lieu de retour, un espace familial, mais pas un lieu de travail, ni de grands diners ; je ne vais pas mentir, je ne suis pas une grande cuisinière !
TSF
Bruxelles joue-t-elle un rôle dans votre inspiration ?
Clio
Bruxelles est surtout un cocon. J’aime certains endroits très précis et notamment les façades, celles de la place Brugmann, de l’Avenue Molière ou des étangs d’Ixelles. Il y a une vraie richesse architecturale. J’aime les observer, les photographier. Depuis quelques années, ici ou en voyage, je fais pas mal d'argentique. Je reviens de Los Angeles où l’on est allés visiter des maisons d'architectes, notamment celle de Eames, c’était magnifique. Tout comme le tout nouveau musée LACMA et la galerie David Geffen, qui venait d'ouvrir. J’ai beaucoup shooté !
TSF
Vous voyagez beaucoup en famille ?
Clio
Absolument. Il y a peu, le Japon a été un voyage très marquant, tout comme le Costa Rica. Et nous allons souvent en Grèce, à Sifnos. Il y a beaucoup d’albums photo à la maison. Les filles les regardent souvent, elles aiment revivre ces moments. Nous choisissons souvent nos destinations à partir des hôtels, comme un fil conducteur.
TSF
Pouvez-vous nous recommander des boutique-hôtels, vous qui les adorez ?
Clio
Parmi nos favoris : le 850 SVB à Los Angeles, Mint à Santa Teresa, l’Hôtel des Dunes au Cap Ferret ou encore Maana à Kyoto, Benesse House à Naoshima, Buena Vista à Lanzarote et Torre Vella à Minorque. Et quand je viens à Paris, minimum une fois par mois, je descends à l’Hôtel Massé.
TSF
D’où vous vient ce goût des petits hôtels ?
Clio
De mes parents ! Cette culture du voyage et des lieux, les boutique-hôtels, les petites adresses singulières, les atmosphères choisies avec soin, c’est eux. Ça a profondément construit mon regard.
Service Serax x Wouters & Hendrix
Rollercoaster part d'une envie de fédérer et de casser cette peur très présente chez les femmes : celle de déranger, de demander, de ne pas oser.
Fauteuil Tail 4 par Heinz Witthoeft, miroir Lipstick Roger Lecal
TSF
Vos parents vous ont aussi transmis le goût de la création et la liberté de style, n'est ce pas ?
Clio
Oui, à 100%. Mes parents étaient entrepreneurs dans la mode et avaient leur propre marque de sacs. J’ai grandi dans cet univers, où créer était une évidence. Ma mère était styliste et a toujours eu un goût très affirmé, très éclectique, et surtout une vraie liberté dans sa manière d’exister et de s’habiller. Aujourd’hui, je suis très féminine, même en jean, je mets des talons. Je me suis calmée sur les motifs, mais je porte toujours de la couleur, il n’y a pas un tee-shirt blanc dans ma garde-robe !
TSF
Quelles sont vos marques de mode fétiches ?
Clio
Comme avec le mobilier, j’aime les pièces fortes que je garde très longtemps. J’ai, par exemple, des choses de chez Roseanna d’il y a dix ans que j’adore porter. J’aime aussi dénicher des griffes plus niche, comme Magda Butrym, la belge Meryl Rogge ou Wear Marcia - c’est français - et Réjina Pyo.
TSF
Votre parcours est très lié à la mode finalement...
Clio
Oui. J’ai commencé chez L’Oréal en marketing, mais j’ai très vite eu envie de créer. J’ai lancé ma marque de sacs à main en 2011, à 25 ans. Elle a beaucoup grandi en Belgique et m’a beaucoup formée. Il y avait une identité très forte, notamment une bande de cotte de maille dorée - mon prénom est celui d’une muse grecque et mon nom signifie « orfèvre » -, un détail signature sans logo visible. En mode, comme en design, j’ai toujours préféré les codes subtils aux signes trop évidents. À 30 ans, j’ai vendu ma marque et ai commencé à travailler aux côtés d’autres structures, dont les souliers Carel. En parallèle, j’ai lancé l’agence et le festival Rollercoaster qui sont aujourd’hui le cœur de mon activité.
TSF
Comment est né Rollercoaster, ce projet autour de la togetherness ?
Clio
Rollercoaster est né aux côtés d’Émilie Duchêne - qui était créatrice de bijoux - d’une envie très simple : fédérer et contribuer à casser cette peur très présente chez les femmes : celle de déranger, de demander, de ne pas oser. Notre posture très simple, mais très libératrice, c’est : « au pire, c’est un non, au pire, il n’y a pas de réponse. Mais au moins, on aura essayé. » Émilie et moi avons toutes les deux eu des parcours d’entrepreneures assez jeunes, dans la mode, en Belgique, et très vite, on s’est retrouvées dans les mêmes cercles. Au départ, nous avons commencé à organiser des rencontres de manière instinctive : des dîners, des échanges entre femmes, sans structure précise. Et progressivement, on a compris qu’il y avait quelque chose de plus fort : une énergie commune, et surtout une envie de créer des ponts entre les femmes. Il manquait quelque chose pour fédérer et inspirer les femmes entrepreneures de manière plus organique. C’est ce que nous avons fait, recevant, entre autres, Louane, Margaux de Fouchier ou encore Mademoiselle Agnès.
TSF
Créer du lien, c’est aussi un leitmotiv de votre vie personnelle ?
Clio
Oui, complètement. J’ai un côté très fédérateur, sans même m’en rendre compte. J’aime être entourée, par ma famille ou mes amis. Mon mari et moi on a un cercle très proche, on fonctionne beaucoup en groupe. On aime vraiment cette vie très collective. Mes filles viennent souvent avec moi sur nos événements. Je leur parle beaucoup de ce que je fais, de nos projets et je les encourage à oser être elles-mêmes et oser prendre la parole. Tout s’apprend, même parler devant 800 femmes pour moi qui étais assez réservée. Et surtout, on peut se planter, tout n’a pas besoin d’être parfait !
TSF
Quelles sont vos rituels de famille dans votre maison ?
Clio
On se réunit beaucoup dans le salon bleu pour regarder des films. Je montre aux filles des films de mon enfance comme Grease ou Le Dîner de cons. C’est un moment simple, mais très structurant pour nous. Oui, j’ai toujours été passionnée par le cinéma. Petite, j’aurais même voulu travailler dans cet univers. J’aime la narration, les ambiances, les univers visuels. Je pense que ça influence encore aujourd’hui ma manière de penser les projets et les expériences.
TSF
Vous avez aussi un rapport très fort aux livres et à l’objet bibliothèque...
Clio
Oui, la bibliothèque est très importante chez nous. Il y a beaucoup de livres, et c’est un espace vivant. Mon compagnon lit énormément, moi aussi, et il a installé une sorte de rituel : comme il sait ce qui va me plaire, c’est désormais lui qui m’achète mes livres et me surprend. On retrouve aussi dans ce meuble des albums photo de voyage ; c’est un objet très simple, mais qui raconte beaucoup de notre vie familiale.
Miroir Gustaf Westman
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