Familles

La vie d'une maison girolle haute en couleur sur la Presqu'île de Lège-Cap-Ferret

Chez Marguerite Bartherotte et Chris Willat

Chez

Marguerite Bartherotte et Christopher Willatt, Marlow, 6 ans, et Bambi, 4 ans.

Pour se laisser bercer par l'été indien, direction la Presqu’île de Lège-Cap Ferret, à Grand Piquey, chez la peintre et créatrice de G.Kero Marguerite Bartherotte. Avec son compagnon Christopher Willatt, musicien et membre du groupe Oracle Sisters, et leurs deux enfants, Marlow et Bambi, elle nous ouvre les portes d’une maison girolle familiale où créativité, musique et nature se rencontrent. Tapis aux couleurs vibrantes imaginés par Marguerite, aquarelles aux murs, mélodies qui s’échappent d’une pièce à l’autre et pieds nus dans le sable : bienvenue dans un refuge solaire, libre et vivant, à l’image de ceux qui l’habitent.


Lieu

Cap-Ferret

texte

Anne-Laure Griveau

Photographies et Vidéos

Gautier Billotte, Margaux Buisson

Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
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Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret

TSF

Quelle histoire entretenez-vous avec cette maison ?

Marguerite

Nous l’avons surtout choisie pour son environnement. Elle est entourée de beaux arbres, avec beaucoup d’oiseaux. On l’aperçoit au bout d’un petit chemin ombragé, comme dans une forêt avec, soudain, cette petite cabane blanche dans la lumière. C’est ce que j’aime le plus ici. C'est une petite maison girolle de 70 m², typique de la Presqu’île. J'adore cette architecture, ces constructions en bois largement ouvertes sur l'extérieur. Quand nous sommes arrivés, assez récemment, il y avait du carrelage blanc partout. J'ai simplement installé mes tapis et, tout d'un coup, la maison est devenue la nôtre. J'aime son côté atelier. Christopher fait de la musique, je dessine, les enfants courent et jouent, il y a des feuilles, des pinceaux, des guitares... Tout se mélange. Ce n'est pas une maison où tout est parfaitement rangé, c'est une maison où l'on vit. Je ne suis d'ailleurs pas une grande collectionneuse d'objets. Ce que j'aime, ce sont les choses qui servent, mon nouveau filtre à gravité pour l’eau, par exemple. Je le remplis très régulièrement et ai, je pense, la meilleure eau du Cap Ferret !

TSF

Vos tapis occupent une place particulière dans la maison. Sont-ils une autre façon de peindre ?

Marguerite

Oui, complètement. À la base, je suis dessinatrice et peintre. Le peintre manie la couleur à l'infini ; le dessinateur travaille les figures. Moi, j'aime profondément les deux. Les tapis me permettent d'aller vers quelque chose de beaucoup plus abstrait. Je n'ai plus besoin de raconter une histoire avec des personnages comme sur une chemise. Ce sont presque des tableaux que l'on pose au sol. Ce qui m'intéresse, c'est justement de réussir à faire dialoguer l'abstrait et le figuratif. Je crois énormément aux vibrations. Certaines personnes regardent une œuvre en l'analysant ; d'autres la ressentent immédiatement. Pour moi, la peinture, le dessin et la musique fonctionnent de la même manière.

TSF

On a l'impression que vous dessinez comme un musicien compose.

Marguerite

C’est exactement ça. Je dessine sur des feuilles A3, puis je numérise les images. Je peux ensuite les récupérer, les déplacer, les sampler. Je suis aussi comme une productrice qui assemble différents éléments pour construire une composition. J’ai fait beaucoup de musique et j’ai failli m’y consacrer sérieusement. Puis il a fallu choisir : je ne pouvais pas mener à la fois les enfants, G.Kero et la musique, tout en trouvant le temps de dormir ! Avec Chris et les enfants, nous jouons parfois à la maison. Marlow fait très bien du beatbox et aimerait avoir une batterie. Ce que je cherche dans mes créations, c’est une forme d’harmonie, comme lorsque plusieurs voix se répondent dans un morceau. J'aime la couleur, les expressions, la narration. Tout G.Kero est construit autour de ça ; et c’est sans doute pour cela que je ne me suis pas ennuyée en presque vingt ans.

TSF

Justement, comment G.Kero est-il né ?

Marguerite

Presque par hasard. J'ai fait une école de dessin animé entre 19 et 21 ans. Je dessinais sans arrêt, près de deux mille dessins certains week-ends. À force, le trait devient instinctif, on ne revient plus dessus. J'avais créé une petite femme sauvage qui dansait. C'était sans doute moi, inconsciemment. J'en avais même fait un dessin animé dans lequel Karl Lagerfeld apparaissait. Elle lui enlevait ses lunettes, elles repoussaient aussitôt... J'avais composé la musique moi-même. À un moment, j'en ai eu assez de passer mes journées derrière un ordinateur. J'ai eu envie de faire sortir ce personnage de l'écran. J'ai commencé à le peindre directement sur des T-shirts blanc cassé achetés dans des grandes surfaces. Je les vendais après les concerts de Hangar, le groupe de rock de mon frère Antonin. Je pensais plaire aux garçons, mais ce sont les filles qui sont venues me les acheter. Je pouvais en peindre une dizaine par jour. Puis mon frère Philippe m'a rejointe. C'est lui qui m'a convaincue de transformer cette aventure artisanale en véritable marque. Au début, j'étais persuadée que l'impression ne fonctionnerait jamais, que les gens voudraient toujours une pièce unique. En réalité, cela m'a donné une liberté de création immense. Je pouvais passer plus de temps sur un dessin, multiplier les personnages, travailler des compositions beaucoup plus ambitieuses. C'est vraiment là que G.Kero est né.

Virée été Cap Ferret

Marguerite Bartherotte

« Je crois énormément à la couleur et aux vibrations. Certaines œuvres s'analysent, d'autres se ressentent immédiatement. C'est cette émotion-là que je cherche, que le support soit un tee-shirt, un tapis ou une toile. »

Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
Virée été Cap Ferret
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TSF

Votre enfance au Cap Ferret semble être la source de tout cet imaginaire.

Marguerite

Je crois, oui. Nous étions sept enfants - Marie, Philippe, Martin, Adrien, Antonin, Marguerite et Marion - et nous avons grandi très librement. Avec le recul, je me rends compte que notre enfance était assez extraordinaire. Nous étions tout le temps dehors. On revenait couverts de bleus, parfois avec une dent cassée, parfois des points de suture... Mais ce dont je me souviens surtout, ce sont des dessins. Ma mère gardait absolument tous ceux de ses enfants. Les murs d'une chambre entière en étaient recouverts. Il n'y avait presque plus un centimètre de libre. Sans doute que, très inconsciemment, cela m'a appris que dessiner était important. Ma sœur Marie, qui a onze ans de plus que moi, avait un talent incroyable. Elle dessinait chacun de ses frères et sœurs sous forme de petits personnages avec leurs expressions, leurs bêtises, leurs prénoms. Je pouvais rester des heures à les regarder. Je crois que mon amour du dessin est né à ce moment-là. Mes frères dessinaient plutôt des boxeurs qui se battaient. Il y avait quelque chose d’un peu brut dans cette vie, presque comme dans un film d’Ettore Scola. Je retrouve encore parfois de cette énergie dans mes personnages aujourd'hui.

TSF

Quel rôle votre père a-t-il joué dans cet éveil à la création ?

Marguerite

Je le considère comme un artiste. À 40 ans, il a quitté Paris pour acheter, à la Pointe, un morceau de dune où ne subsistaient que deux yuccas, les vestiges d'une maison effondrée et une vue infinie sur le Bassin. Il en a fait l'œuvre de sa vie. Pendant des années, il a consolidé le trait de côte, puis construit différentes cabanes inspirées de celles des pêcheurs, avec des charpentes élégantes, beaucoup de vitres et de grandes ouvertures sur le paysage. Il n'était pas architecte, mais il dessinait tout à main levée, des maisons jusqu'aux meubles. Les premières cabanes étaient assez bringuebalantes, parce qu'elles étaient avant tout pensées pour y passer l'été. Je me souviens avoir révisé mon bac en doudoune, avant d'aller me réchauffer devant la grande cheminée du salon ! Mais ce qui m'a sans doute le plus marquée, c'est sa manière de raconter des histoires. C'est un formidable storyteller. Il nous a toujours encouragés à faire ce que nous aimions, surtout lorsque cela touchait à la création. Ma mère, elle, rendait tout cela possible.

TSF

À quoi ressemble une journée idéale chez vous, de Petit Piquey au Cap Ferret ?

Marguerite

Elle commence souvent dehors. Dans le jardin ou au club de voile le mercredi pour Marlow. Les enfants vivent énormément à l’extérieur, comme nous quand nous étions petits. Marlow adore pêcher, il file à la jetée dès qu’il le peut et est devenu un excellent pêcheur. En ce moment, il rapporte des seiches. Nous les congelons avant de les cuisiner parce que leur chair devient meilleure. Christopher les prépare très simplement, avec de l'ail cru ajouté au dernier moment et quelques tomates cuites. C'est un vrai repas d'été. Ce dernier finit souvent par un café acheté chez Miche Coffee, nos amis torréfacteurs installés au Cap Ferret. Ensuite, nous partons à vélo, avec les enfants dans la cariole, sur les pistes cyclables de la forêt ou de l’Océan. Je vais surfer dès que l’occasion se présente, j’adore aller sur la plage du Truc Vert. Cette vie dehors nourrit tout ce que je dessine. Les chevaux, les vagues, les personnages, les mouvements… Je ne cherche jamais très loin mes sujets. Ils sont autour de moi.

TSF

Quels sont les lieux que vous aimez partager avec ceux qui viennent vous rendre visite ?

Marguerite

Je commencerais par Pain Paulin, boulangerie engagée de Petit Piquey. Dans la journée, malgré les années, j’aime toujours autant aller en bateau au banc d’Arguin, c’est must. Pour le soir, après le surf, il y a le Lou Bar de Maison Mayzou et leurs super cocktails ou alors le Mirador, pour le coucher du soleil. C’est un endroit que je connais depuis mon enfance. C’était un restaurant fermé qui n’exploitait pas du tout ce site extraordinaire, face à la dune du Pilat. Quand j’avais 6 ans, nous allions y dérober des boules magiques, ces gros bonbons ronds. Il y a quelques saisons, mes frères ont repris ce lieu et y ont bâti une grande cabane inspirée de celles des ostréiculteurs. Ce sont des stars de la construction. Aujourd’hui, le Mirador est ouvert sur le paysage. On peut y venir les pieds dans le sable, manger des tapas, laisser les enfants jouer et regarder le soleil se coucher. Il y a également des concerts et des DJ sets ; mon frère Antonin y joue régulièrement. C’est devenu un lieu vivant, dansant et très joyeux.

Virée été Cap Ferret
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